Châsses reliquaires saint Martial

L'abbaye de Saint-Martial de Limoges profite de la proximité  des ateliers et des savoirs-faire des émailleurs pour diffuser la légende aurélienne. Par ses commandes, elle fait la promotion de ses saints et de leur iconographie pour faire connaître leur vita et accroître leur renommée. La diffusion se fait essentiellement sur les représentations des châsses reliquaires diffusées dans toute l'europe.

 

La promotion des saints limousins, et surtout de saint Martial est accentuée par le passage du statut de confesseur à celui d'apôtre. Les moines de l'abbaye veulent accroître la renommée de leur saint et par là-même celui de leur sanctuaire en faisant reconnaître Martial comme le treizième apôtre. Ce travail de reconnaissance sera entrepris par un changement dans l'iconographie et une présence révélée à égalité avec les autres apôtres.

L'influence de la Vita Proxilior

Avec la Vita Prolixior, saint Aurélien  fait de saint Martial un jeune parent de saint Pierre. Fait nouveau et essentiel : il accompagne dorénavant la Christ, et assiste à la plupart des miracles de la fin de sa vie publique. Ainis, il est présent à la résurrection de Lazare, assiste aux lavements des pieds et fait l'échanson lors de la cène. Mieux encore, il est présent lors de la Résurrection du Christ, ui l'envoie, comme les douze apôtres, prêcher l'Evangile à travers le monde. Il assiste donc à l'Ascension, et reçoit l'Esprit Saint à la Pentecôte. Pour la première fois, avec ce récit, une abbaye ose faire de son saint local un Juif de Palestine. A cet égard, la Vita Proxilior aura une influence considérable sur la production hagiographique puisque, dès la fin du XIème siècle, les Vitae d'Austriclinien, de saint Front de Périgueux ou de saint Ursin de Bourges, font de ces personnages des Palestiniens compagnons du contemporain du Christ, les plus anciens manuscrits conservés de la Vita Proxilior désignent encore Martial comme "confesseur" et non comme "apôtre".

 

La meilleure illustration en est un reliquaire en cuivre émaillé, champlevé et doré, datable des années 1170-1180 (ci-dessous). Celui-ci figure parmi les plus remarquables de l'Oeuvre de Limoges : par la qualité des drapés des vêtements et l'exprissivité des visages, il est rattacher au "goût Plantagenêt", qui devait largement influencer la production limougeaude. En outre, cette pièce, désignée comme la "châsse de Saint-Martial" reste le seul objet de ce type exclusivement consacré au premier évêque de Limoges.

Chasse saint Martial, Musée du Louvre, Paris

L'iconographie des châsses de saint Martial

 

Sur les flancs, les personnages, émaillés dans une riche polychromie sur des fonds d'or parcourus de rinceaux, forment une vaste imagerie narrative qui figure, dans l'ordre de la Vita Proxilior, l'ensemble des épisodes de l'action de Martial à Limoges. Le premier évènement représente le saint exorcisant un possédé.


D'après la Vita, les personnages se tiennent dans une demeure d'une certaine Suzanne, désignée comme une "noble dame" et surtout comme la mère de sainte Valérie. Saint Martial, nimbé et accompagné de l'un de ses compagnons qui se tient derrière lui, chasse le démon du possédé, agenouillé devant lui. Ce dernier, les mains enchaînées comme pour souligner l'intensité de sa possession, crache le démon par la bouche. Une figure féminine, sans doute Suzanne, se tient derrière lui. Bien que n'ayant semble-t-il été l'objet d'aucun culte d'importance, Suzanne est considérée comme une sainte par Geoffroy de Vigeois qui précise que l'on a conservé à Limoges "les reliques de Suzanne", qu'il désigne lui aussi comme la mère de sainte Valérie. Reste que le prodige opéré par Martial lui confère un réel succès : alors que le possédé est délivré de son ma, toute la maisonnée se convertit et est baptisé. Le cycle se poursuit sur la gauche du même flanc, par l'image de Martial, entravé, et accompagné par un homme d'arme sur le chemin de la prison. La Vita précise en effet qu'après le miracle réalisé chez Suzanne, saint Martial et ses compagnons Alpinien et Austriclien sont calomniés, flagellés, puis jetés en prison par des prêtres des idoles, André et Aurélien. Dès que saint Martial parvient au fond de sa geôle, la Vie raconte qu'André et Aurélien sont immédiatement frappés par la foudre, tandis que le saint et ses compagnons sont miraculeusement délivrés.

 

Surr l'autre face du toit, la châsse illustre la suite de ce récit, figurant Martial ressuscitant André et Aurélien. Les deux hommes sont représentés en évêques par anticipation, dans la mesure où certaines traditions les considèrent comme des successeurs de Martial sur le siège épiscopal. Rien n'est cependant moins sûr pour André, certes considéré comme un saint par Geoffroy de Vigeois, qui précise que Limoges "conserve encore les restes de saint André" mais qui en fait le "préfet de la basilique Saint-Pierre" sans préciser qu'il s'agisse d'un successeur de Martial. En outre, il n'existe que peu de mentions de ce personnage, qui ne semble pas avoir bénéficié d'un véritable culte.

 

Aurélien est mieux connu. Considéré dès les origines, comme le rédacteur de la Vita Antiquior, rien de positif ne vient étayer la thèse de son existence réelle. Pourtant, en  1028, l'évêque de Limoges, Jourdan de Laron, en fait le successeur immédiat de saint Martial, et ce bien qu'Adhémar de Chabannes intercale entre eux Austriclinien et Alpinien. A la fin du XIIème siècle, Geoffroy de Vigeois confirme et écrit qu'"après son maître Martial, Aurélien occupa le siège épiscopal de Limoges. Au XIVème siècle Bernard Gui ajoute à son propos qu'il serait mort un 17 novembre et qu'il n'est plus enterré dans la basilique Saint-Pierre-du-Sépulcre, à l'abbaye Saint-Martial, dans une église Saint-Cessateur, hors des murs de la ville.

 

A la caisse du même flanc, est ensuite représenté le baptême de Valérié. La saint agenouillée, fait face à saint Martial, nimbé et bénissant. Derrière lui, se tient l'un de ses compagnons, également nimbé. D'après la Vita Proxilior, après le décès de sa mère Suzanne, Valérie prononce ses voeux de virginité et donne tous ses biens à l'Eglise. Il pourrait donc également s'agir d'une évocation de cet épisode qui précède, dans le texte, celui de la décapitation de la sainte. Or le prolongement de cette scène figure justement le fiancé de Valérie, le nom de duc Etienne, ordonnant à son écuyer, Hortarius, dela décapiter. Le duc Etienne apparaît tel un véritable roi. Richement vêtu, il est assis sur un trône et porte un sceptre, ainsi que ce qui pourrait s'apparenter à une couronne. Il faut dire que la Vita Proxilior dresse de lui un portrait qui en fait un homme tout puissant. Il est réputé détenir "le commandement des régions s'étendant du Rhône à la mer Océane et avait tout pouvoir de commander aux nations Basques et des Goths jusqu'aux Pyrénées". de la main droite, il semble donner un ordre à son écuyer, celui d'exécuter Valérie. Hortarius qui se tient en face du duc, brandit d'ailleurs son épée et se dirige vers le lieu de la mise à mort. Le duc Etienne et Hortarius sont des saints, comme en témoignent les écrits de Geoffroy de Vigeois qui, à propos des reliques conservées à Saint-Martial, écrit "Nous, nous possédons non seulement le premier évêque de Limoges ... avec des condisciples ... Etienne, le duc des Gaules ... Hortarius écuyer de ce duc ..." Tout deux, en effet, feront amende honorable après la mise à mort de sainte Valérie. Le pseudo-Aurélien précise Hortarius, immédiatement frappé par la foudre une fois son méfait commis, est ressuscité par saint Martial, et se convertit aussitôt. Quand au duc Etienne, il embrasse également la foi chrétienne devant le miracle du retour à la vie de son écuyer. L'intégralité de son armée en fait de même dans un mouvement qui n'est pas sans rappeler la Paix de Dieu. la Vita Proxilior associe d'ailleurs étroitement la figure du duc d'Aquitaine Guillaume V (990-1031), l'un des plus ardents défenseurs du mouvement de la Paix de Dieu, avec celle du duc Etienne.

 

La mise à mort de Valérie n'est pas représentée sur cette châsse, ce qui laisse à penser qu'elle était destinée à n'abriter que les reliques du seul saint Martial.

 

(Source- Jean-Christophe "Les saints du Limousin")

 

 

Châsse de Champag,at The Metroplitan Museum of Art New York

La châsse de Champagnat

 

La plus ancienne châsse de l'Oeuvre de Limoges figurant saint Martial est un reliquaire dit "de sainte Madeleine et de saint Martial" daté des années 1165-1175. Elle est aussi appelée, "châsse de Champagnat" car, jusqu'en 1874, elle était conservée dans l'église Siant-Martial de Champagnat. Surtout il paraît certain que, dès l'origine, elle était destinée à l'ornementation de cet édifice. Son iconographie est assez singulière, et même unique dna sl'Oeuvre de Limoges, dans la mesure où elle associe, pour la seule et unique fois, saint Martial à Marie-Madeleine. Les deux saints accompagnent le Christ en majesté, qui orne le flanc majeur. A sa droite, apparaît Marie-Madeleine, voilée de blanc, et désignée par l'inscription "MA/RIA". Quand à saint Martial, il se tient à gauche. Il est identifié par la marque "MARCIA/LIS". Barbu, pourvu d'un nimbe bleu clair, il est vêtu d'une cape bleue foncé qui surmonte une tunique plus claire. Il est représenté en aôtre, image que la châsse souhaite véhiculer à travers le diocèse, a fortiori en l'associant à une sainte proche du Christ. Avec la châsse de saint Martial, cette pièce est l'une des rares de cette époque à ne pas évoquer le miracle de la céphalorie opéré par sainte Valérie, qui apparaît déjà sur deux châsses parmi les plus anciennes de l'Oeuvre de Limoges. La composition des deux oeuvres est pratiquement identique.

 

L'histoire de sainte Valérie se développe sur l'un des flancs, en une frise continue, qui présente successivement la condamnation du duc Etienne, puis son exécution par Hortarius, le miracle de la céphalophorie, lorsque le corps se redresse pour saisir sa tête, la relation du miracle au duc par le bourreau qui tombe foudroyé, et enfin l'arrivée de Valérie qui s'agenouille dans la cathédrale et tend se tête à saint Martial officiant à l'autel. Cette dernière étape est la plus importante : elle établit la relation directe entre les deux saints, et consacre le miracle opéré par Valérie.

 

(Source- Jean-Christophe "Les saints du Limousin")

Châsse de Champag,at The Metroplitan Museum of Art New York