L'architecture romane de l'abbaye de Beaulieu sur Dordogne

 

L'édifice est peu touché par les restaurations et révèle la magnifique nef de quatre travées voûtées en berceau sur doubleaux et flanquée de collatéraux couverts d'arêtes qui débouche sur un imposant transept muni de deux chapelles orientées. Un choeur aux proportions harmonieuses, comportant, un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes, termine l'église à l'est. Le chevet en pierres de taille est ouvert par de belles fenêtres limousines. L'élévation de l'édifice présente l'originalité de tribunes sur le déambulatoire et sur les collatéraux, sans communication entre elles.

 

On peut penser que la construction de l'église primitive dut se faire au IXème siècle, car une charte de 971 évoque des manses attribuées aux celleriers pour la décoration des cloîtres. Si nous ne conservons aucune date de consécration, il est vraisemblable qu'elle fut commencée pendant la période de reprise en main qui suivit l'affiliation à Cluny sous l'abbatiat de Géraud II.

 

( Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

 

L'iconographie des soixante cinq chapiteaux est assez similaire de celle de l'abbaye de Saint-Martial et de la collégiale de Saint-Junien. On y retrouve en effet la représentation de griffons et d'atlantes. Les enluminures de la seconde bible de Saint-Martial nous rappellent l'influence des enluminures dans le répertoire sculpté. De même, on retrouve la proximité du Quercy dans la thématique des chapiteaux.

Le portail de Beaulieu sur Dordogne

 

Il s’inscrit donc dans l’histoire de ce début du XIIème siècle, histoire marquée par un fort regain d’intérêt pour les œuvres des premiers Pères de l’Église et, surtout, pour celles de Grégoire le Grand et ses Moralia in Job.

 

L’indépendance de Beaulieu est obtenue de haute lutte par l’abbé Géraud, personnalité remarquable qui su réformer son abbaye et l’amener à la prospérité : c’est lui qui, peut-être, est représenté sur l’ébrasement gauche du portail, face au Christ victorieux. Issu de Cluny, Géraud avait à sa disposition les sources exégétiques utiles à la conception de cette œuvre incomparable de la sculpture romane, le portail sud de son église.

 

Le portail ouvrant, comme aujourd’hui, sur la place centrale du bourg où se tenait le marché, son décor, qui tranche avec la sobriété des entrées exclusivement réservées aux moines, était donc principalement destiné aux laïcs, tout comme l’étaient les personnifications des trois vices placés (sans doute intentionnellement) à gauche de l’entrée, comme une introduction annonçant ou complétant le discours se développant à leur suite. Les relations entre les vices et les tentations du Christ, bien établies par la tradition exégétique, semblent ainsi justifier la place des trois figures dans le programme général du porche de Beaulieu.

 

Si Géraud conçoit le programme du portail en puisant dans des traditions littéraires certainement inaccessibles au simple fidèle, la signification de l’image ne l’était pas nécessairement : celle-ci pouvait être explicitée lors de sermons ou de célébrations propres à l’église de Beaulieu, ce dont les sources écrites ne témoignent pas toujours. L’organisation de type comparatif de son programme iconographique, rapprochant par exemple la victoire du Christ sur le volet droit du porche à la victoire de Daniel sur le volet gauche, convient d’ailleurs parfaitement à un discours de type homilétique. D’autre part, la vision positive (extrêmement rare) que ce décor renvoie du juif, invité à rejoindre le rang des élus auquel il est destiné, pourrait manifester la présence d’une communauté judaïsante à Beaulieu. Si aucune étude actuelle n’atteste de son existence, on peut supposer que, si tel était bien le cas, elle se mêlait, si ce n’est que ponctuellement, aux commerçants rassemblés devant l’entrée de l’église 

 

(Source - Art et réforme clunisienne : le porche sculpté de Beaulieu-sur-Dordogne / Barbara Franzé)

LA SCULPTURE ET LE DECOR

 

Sur le contrefort occidental du porche sont représentés les vices et toutes la Tentation du Christ : la luxure (une femme dévorée par un crapaud et deux serpents), l'avarice et la gourmandise.  Y sont représentés le Christ et Satan qui sont disposés de chaque côté de cet axe. Le diable indique de son doigt un tas de pierres placé au pied de la tour sur laquelle on lit l'inscription "si tu es le fils de Dieu, transforme ces pierres en pains". Le Christ, mains ouvertes, se détourne, résistant à cette première Tentation. A la base du clocher de la tour est figuré un bâtiment transversal constitué de deux ailes qui dessinent un mouvement ascendant. Les deux mêmes figures représentées sont disposées de part et d'autre du clocher. Seule l'inscription du second étage du clocher nous permet d'identifier la scène : "Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas". La troisième tentation occupe la totalité de l'arcade suivante.

 

Le Christ, qui se tient dans la partie droite, et les deux diables adossés qui lui font face sont placés sur des rochers symbolisant la montagne. Dans la partie inférieure de la composition, deux groupes d'architectures représentent "tous les royaumes du monde". Chacun d'eux est constitué d'un clocher flanqué d'un transept. A l'Ouest une figure allongée, dont ne sont conservés que la silhouette d'une tunique longue et des pieds chaussés, a été identifiée par certains auteurs à une Vierge trônant. Ses pieds reposaient sur deux lions affrontés et sa tête surmontée d'un ange. On reconnaît le Christ victorieux foulant le lion et le dragon. Cette scène complète naturellement les Tentations d'après le texte de Matthieu "Voici que des anges s'approchèrent et ils le servaient". Enfin, trois reliefs présentent en effet la luxure symbolisée par une femme nue dont le sexe est attaqué par un serpent et les seins par des crapauds, l'avarice, qui serre une bourse dans sa main gauche et supportait sur les épaules un diable à califourchon et un troisième personnage qui pourrait être la gourmandise, tendant son assiette vide devant ses genoux.

( Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

 

Les originaux ont été enlevés et remplacés par des copies sculptées comportant d'importantes reconstitutions des parties les plus érodées.
Le personnage représentant la gourmandise a été complété d'une écuelle qui n'apparait pas sur l'original. A la luxure, on a redonné une tête. Elle écrase maintenant un être diabolique qui n'existe pas sur l'original.

 

Sur l'autre côté du porche, on retrouve Daniel dans la fosse aux lions nourri de pain par un ange dans la cité de Babylone. Suivent des scènes de la tentation du Christ au désert.

 

Le portail méridional de l’abbatiale de Beaulieu sur Dordogne

Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine (production du service Patrimoine et inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine)

Le tympan du portail de l’abbatiale de Beaulieu sur Dordogne est un chef-d’œuvre de l’art roman. Entrez dans le détail de ses scènes pour mieux comprendre la symbolique des créatures et des personnages sculptés.

Le tympan de l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne

L’abbatiale de Saint Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne, comprend les deux orientations majeures du discours religieux de cette époque. En effet cette église insiste  sur l'Hagiographie en étant dédiée, aux Saint Pierre et Saint Paul ainsi qu’à Sainte Félicité de Carthage- et sur l’idée d’un jugement dernier, de la pesée des âmes.

 

L'historienne Evelyne PROUST ajoute que nous ne sommes pas face au thème du jugement dernier mais devant un prélude au jugement dernier qui souligne l'apparition en majesté du Christ à la fin des temps d'après une vision de Matthieu. Du point de vue iconographique, il faut associer au tympan proprement dit le registre horizontal situé au-dessus du linteau. Trois mondes nous sont présentés : le ciel, la terre et l'enfer. Contrairement à d'autres tympans qui semblent traiter d'un sujet proche, on ne trouve pas sur le Tympan de Beaulieu-sur-Dordogne une véritable représentation de la pesée des âmes.

 

Le tympan se situe sur le portail Sud, souligné d’une triple voussure, domine un trumeau sculpté et de piédroits richement ornés de hauts reliefs. Le tympan, en arc de cercle s’inscrit dans une voûte en plein cintre. Les nombreuses figures sont comprises dans trois registres. Le registre principal, est axé sur un christ pantocrator entouré d’anges, de saints .... C'est l'emplacement du ciel, de la vision céleste qui regroupe à la fois le Christ, les apôtres, les nuages et les anges. L’échelle du personnage varie en fonction de son importance, le Christ domine par sa taille les anges et les saints, qui eux même sont plus grands que les mortels et les ressuscités (du deuxième registre) . La multitude des personnages n’empêche pas la lisibilité de la scène car l’image est composée en registres.

 

Les deux registres inférieurs, en frises, sont ornés de chimères, d’humains malmenés, et de motifs ornementaux stylisés. Le deuxième registre est donc une représentation du monde terrestre comprenant les mortels qui vont être jugés à la fin des temps et les ressuscités ont été jugés. Enfin le dernier registre nous présente les scènes de l'enfer.

 

Le linteau, sous-registre, se garnit d'animaux fantastiques et de chimères allégories des bêtes de l'apocalypse (par sept têtes). La domination du Christ est appuyée par la ségrégation des registres hiérarchisés, et par le plus grand espace occupé par la vision céleste.

 

Le trumeau, sculpté de télamons et d’acrobates sur les trois faces visibles, est constitué d’un bloc monumental de grès de près de trois mètres de hauts. Malgré la multiplication des postures, des mouvements, les décalages créés pour feindre un effet de profondeur et la relative dissymétrie, il émane un certain hiératisme de la composition qui est souligné par le respect de la loi du cadre. Ce sentiment est pourtant nuancé par la vision globale du portail, avec son embrasure très sculptée, son tympan et la sinuosité du trumeau. Ce trumeau comprend des éléments classiques comme l’atlante, mais se singularise des représentations traditionnelles en sachant jouer de la grâce d’un positionnement de main venant se jouer de la loi du cadre. Les figures de droite et de gauche sont antithétiques. L’acrobate a besoin de monter sur les épaules d’un autre pour remplir le cadre, alors que le personnage de l’autre côté du trumeau semble trop grand pour le cadre architectural il est comme écrasé entre deux murs de rouleaux brisés. L’apparente mollesse des corps d’atlante contraste avec la pesanteur de la pierre et avec le semblant de corporéité des figures du tympan.

 

Aux deux côtés du portail se trouvent des statues de Saints, Saint Pierre et Saint Paul, les patrons de l’abbatiale (et les saint de l'abbaye de Cluny). On retrouve ces représentations à l'abbaye de Vigeois. Les embrasures sont sculptées de très hauts reliefs et de sculptures. La composition est soutenue par une fausse perspective architecturée comprise entre des colonnes à corbeille de feuilles d’acanthe. Le motif iconographique principal du Tympan est traité de façon plutôt usuelle avec une hiérarchisation des être représentés, une symbolisation de la trinité, et une grande stylisation de certains éléments. On retrouve la représentation habituelle du ciel de la terre et de l’enfer.

La stylisation en vague des nuées et du sol sur lequel reposent les saints est une convention de représentation commune à la sculpture, l’enluminure et le décor peint comme cela se remarque sur les figures.

 

Abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne

Fondée en novembre 898 par Raoul, de la famille des vicomtes de Turenne, archevêque de Bourges, l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne fut d'abord bénédictine, avec une douzaine de moines venus de l'abbaye de Solignac.

 

Ayant été dotée de nombreuses terres par St Rodolphe (St Étienne d'Astaillac), et Hugues de Comborn, cette abbaye riche possède des reliques  des saints Prime et Félicien ainsi que sainte Félicité apportées de Rome par le fondateur lui-même qui attirent un grand nombre de pèlerins. Hugues de Comborn fut remplacé par Hugues de Castelnau, qui essaye de s'emparer des richesses de l'abbaye.

La fondation de l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne

 

Les moines saisirent le concile de Limoges, l'abbaye St Martial de Limoges propose son aide pour redresser le monastère. Le concile de Limoges remet finalement l’abbaye aux mains de Cluny et cette donation est confirmée dans une bulle d’Urbain II en 1095. De bénédictine, l'abbaye devient clunisienne. Débute une ère prospère pour l'abbaye sous la direction de son abbé Géraud II.

 

Il entreprend la construction de la magnifique église abbatiale, elle est consacrée en 1103, mais ne fut terminée qu'en 1140. Ses richesses se situent surtout en Quercy. En 1118, Eustorge, évêque de Limoges, lui cède St Étienne de Liourdre. A partir de ce moment, début d’une stabilité prospère, l’abbé Géraud II entreprend la construction du cloître et de la grande église abbatiale.

 

L'abbaye est pillée en 1569 par les troupes réformées de l'Amiral de Coligny, des moines tués, les reliques détruites. Le vicomte de Turenne soutient la Réforme, et la conventualité semble ne pas s'en être remise. L’abbaye est mentionnée dans les ordres de visite en 1293. La date de fin d’affiliation avec Cluny ainsi que les circonstances nous restent floues.

 

En 1663 l'abbaye est reprise par les bénédictins de St Maur jusqu'à la Révolution où la communauté est chassée et les biens vendus. le 7 mai 1790, les officiers ministériels dressent l’inventaire des biens du monastère, vendu ensuite comme bien national… L'église devient église paroissiale. Elle est classée Monument Historique en 1843.

L’abbatiale Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne

Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine (production du service Patrimoine et inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine)

L’église abbatiale de Beaulieu sur Dordogne a été construite au sein d’une abbaye clunisienne, autour de laquelle s’est organisée la ville.

             A short history of Beaulieu

 

Since the Upper Middle Ages the existence of a village named Vellinus has been known, nestling on the right bank of the River Dordogne and peopled with fishermen, wine growers and farmers.The middle of the 14th Century saw the beginning of the real growth of Beaulieu. During this troubled period for the West because of the decadence of the monarchy and the hostile incursions into French territory (that of the Normans coming up the Dordogne valley for example), the great lords disassociated themselves from the monarchy. Thus, Rudolphe de Turenne, archbishop of Bourges, was responsible for the creation of a Benedictine abbey with a handsome dowry.

 

Around this abbey, the construction of the stone buildings, which are still visible today ,began in the 12th century, a veritable town soon developed and with it all sorts of offices, commercial, political, social and religious, not unimportant in the Viscountcy of Turenne. The abbey town, encircled by ramparts and with three gates dating from the 12th or 13th centuries, extended rapidly without the walls in three suburbs along the lines of communication: the Barry major (around the parish church today called the Chapelle des Penitents), Mirabel and la Grave

 

 

THE ABBEY CHURCH OF ST PETER BEAULIEU

 

The abbey church of Beaulieu was the church belonging to the famous Benedictine abbey founded in the middle of the 9th century, and rebuilt during the 12th century. Together with the chapterhouse, it is the last vestige of this great and prosperous monastery of the Middle Ages. Conforming to classical plan of most of the great Romanesque churches, it is orientated towards the west, has a triple nave, a wide transept and an ambulatory choir. On account of its style it relates to the simplicity and austerity of the Clunesian churches. A result of the great work undertaken by the abbey at the time it became Clunesian, its construction began in about 1100 and took place in several stages.

The choir, the transept and the first bay of the nave were the objective of a first building campaign at the beginning of the 12th century. During the course of a second campaign some years later, finishing in about 1240, the other three bays of the nave and the front were completed. Three bays were added to the front towards the end of the 13th century. Another one was superimposed during the 18th century. A square tower was built during the 14th century to the fore of the right side of the front. Some repairs were done in the church during 17th and 18th centuries. Built of pale ochre coloured dressed sandstone regularly shaped and laid, the abbey church is large (62m long) and of harmonious proportions. The interior is of a great unity and purity of line.  

La Vierge émaillée de l'abbaye de Beaulieu sur Dordogne

Oeuvre de sculpture et d'orfèvrerie (âme de bois recouverte de plaques d'argent), d'une hauteur de 61 cm, cette vierge à l'Enfant du XIIe siècle appartient au groupe des "Sedes Sapientiae" : Trône de la Sagesse. Marie, assise sur un trône, porte l'Enfant-Dieu sur son genou gauche. Jésus présente le livre de la Nouvelle Loi et, de la main droite, bénit. Marie et Jésus portent noblement leurs couronnes décorées de filigranes d'or et de pierres antiques. Les intailles romaines rapportées au cours des siècles enrichissent leurs costumes.

 

L'âme de bois est recouverte de feuilles d'argent partiellement dorées (Vierge : une pour le dos, une pour la figure et la poitrine, une pour le bas de la robe, une pour les pieds, d'autres plus petites pour les bras et les mains ; enfant : deux plaques, d'autres encore pour le trône) ; deux couronnes sont rapportées sur les têtes ; les couronnes ainsi que la bordure de la manche droite de la Vierge sont décorées de filigranes et comportent des pierres semi-précieuses (cabochons et entailles antiques en cornaline, agate, nicolo : variété bleu noir d'onyx) montées dans des bâtes ; sur la poitrine de la Vierge est rapporté un camée.

 

La Vierge est assise sur un trône décoré d'oves et de perles ; elle tient dans la main droite une amande qui était agrémentée d'un cabochon ; l'Enfant repose sur son genou gauche, elle pose sa main sur son épaule ; l'enfant bénit de la main droite et tient un livre ouvert sur les pages duquel se lisent les symboles christiques ; les couronnes et l'orfroi de la manche droite sont décorées de filigranes en rinceaux comportant des cabochons et des intailles (elles figurent des personnages mythologiques, sauf sur l'orfroi).

La châsse reliquaire de l'abbaye de Beaulieu sur Dordogne : l'adoration des Mages

 

Châsse reliquaire émaillée produite par les ateliers de Limoges au XIIIème, faisant partie de l'Oeuvre de Limoges et reprenant le thème de l'adoration des mages.

 

L'âme de bois en forme de châsse parallélépipédique est recouverte de 8 plaques de cuivre émaillé ; au revers de la caisse une porte sur charnières, comportant une serrure, autorise l'ouverture de la châsse.

 

Pour en savoir plus ...

 

 

Sculptures tympan Beaulieu

Portail roman de l'abbaye de Beaulieu sur Dordogne